Devenir freelance en 2026 : le guide complet (statuts, démarches, premiers clients)

L’essentiel. Devenir freelance en 2026, c’est exercer une activité indépendante en facturant des clients sans lien de subordination. Quatre statuts viables : micro-entreprise (le plus rapide), entreprise individuelle (EI), EURL ou SASU, portage salarial. Les démarches passent par le guichet unique de l’INPI, et le SIRET tombe en 8 à 15 jours. Les aides à activer dès le départ : ACRE (50 % d’exonération jusqu’au 30 juin 2026, 25 % ensuite), ARE et ARCE. Compte 4 à 7 mois pour retrouver l’équivalent de ton salaire net selon les données Malt.

La France compte 1,2 million de freelances recensés par l’observatoire Malt, et plus de 4,2 millions de travailleurs indépendants tous statuts confondus selon l’URSSAF. Le nombre de freelances a quasiment doublé entre 2009 et 2020. Pourtant, près d’un projet sur deux se casse la figure dans les deux premières années — souvent à cause d’un mauvais choix de statut juridique, d’un TJM bradé ou d’une prospection inexistante. Tu envisages de quitter ton CDI pour te lancer en indépendant ? Tu hésites entre micro-entreprise et SASU ? Tu te demandes si tu peux garder tes droits France Travail ? Ce guide couvre tout le parcours : choisir le bon statut, faire les démarches d’immatriculation, activer les bonnes aides, fixer ton TJM sans te brader, et trouver tes premiers clients en moins de 90 jours.

Table of Contents

Devenir freelance, c’est quoi exactement ?

Un freelance, ou travailleur indépendant, vend des prestations à des clients sans contrat de travail. Pas de patron, pas de hiérarchie : tu factures des missions à ton nom ou via une société que tu diriges seul. Le mot vient de free lance, littéralement « lance libre » — le mercenaire médiéval qui louait son épée au plus offrant. La logique est restée : tu mets ta compétence à disposition, le client paie, tu encaisses.

Le freelancing concerne 1,2 million de personnes en France selon Malt, principalement dans le numérique, le marketing, le conseil, la rédaction, le design et la formation. Le profil type a 35 ans, exerce depuis Paris ou une grande métropole, et facture entre 350 et 700 € par jour selon le métier (source : baromètre Malt 2026).

La différence clé avec un salarié, c’est l’absence de lien de subordination. Tu choisis tes clients, tes horaires, tes outils, ton lieu de travail. En contrepartie, tu portes seul les risques : pas de congés payés, pas de mutuelle d’entreprise, pas d’allocations chômage automatiques en cas d’arrêt d’activité. Le statut t’oblige aussi à gérer toi-même la facturation, la comptabilité, les déclarations URSSAF et les impôts.

Bon à savoir. Le terme « freelance » n’a pas d’existence juridique en France. Administrativement, tu es soit auto-entrepreneur, soit entrepreneur individuel, soit dirigeant d’une EURL ou d’une SASU, soit salarié porté. Le statut détermine tes obligations, tes plafonds et ta protection sociale.

Évaluer si le freelancing te correspond

Le freelancing fait rêver pour les mauvaises raisons : « bosser depuis Bali », « être son propre patron », « gagner plus ». La réalité est plus rugueuse. Avant de te lancer, vérifie que ton profil colle au mode de vie d’indépendant.

Les vrais avantages du statut

  • Choix des missions : tu refuses ce qui ne t’intéresse pas, tu sélectionnes les sujets et les clients.
  • Tarification libre : tu fixes ton TJM, tu négocies sans grille salariale.
  • Flexibilité : horaires, lieu, organisation. Tu travailles 4 jours par semaine si tu le décides.
  • Évolution rapide : tu changes de spécialisation, de cible ou de tarif sans demander l’autorisation.
  • Fiscalité avantageuse en micro-entreprise au démarrage (abattement forfaitaire sur le CA).

Les inconvénients qu’on minimise toujours

  • Isolement : c’est le risque numéro 1 selon l’observatoire Malt. Pas de collègues, pas de pause café, pas de vis-à-vis quand un projet plante.
  • Cashflow imprévisible : un client qui paie à 60 jours, une mission qui saute, et ton mois est cuit.
  • Charges sociales lourdes : 22 % minimum sur le chiffre d’affaires en micro-entreprise, plus en EI au réel.
  • Pas d’indemnités automatiques en cas d’arrêt maladie ou de baisse d’activité.
  • Tout repose sur toi : prospection, production, facturation, relances, comptabilité, formation continue.

L’isolement est l’un des premiers motifs d’arrêt prématuré chez les freelances. Sans collègues ni hiérarchie, tu portes seul la charge mentale et émotionnelle de ton activité — un facteur souvent sous-estimé au moment du lancement.

Observatoire Malt du freelancing

Profils qui réussissent statistiquement le mieux

Trois profils s’en sortent particulièrement bien, d’après les données croisées Malt et Munci :

  1. L’expert métier : 5 ans d’expérience minimum, une compétence rare et identifiable. Atterrissage rapide, TJM élevé dès le départ.
  2. Le salarié qui anticipe : il prépare son passage en freelance pendant son CDI (activation du réseau, premières missions cumulées en micro-entreprise, validation du marché), puis bascule à temps plein quand le pipeline tient.
  3. Le commercial dans l’âme : pas le meilleur techniquement, mais sait vendre. La compétence numéro 1 du freelance, c’est de trouver des clients.

Choisir le bon statut juridique pour ton activité

Le statut juridique détermine ta fiscalité, tes cotisations sociales, ta responsabilité personnelle et tes plafonds de chiffre d’affaires. Cinq options dominent en 2026 : micro-entreprise, entreprise individuelle (EI), EURL, SASU et portage salarial.

Calculatrice carnet et symbole pourcentage cotisations sociales freelance
Le choix du statut conditionne le taux de cotisations et la fiscalité applicable.
Statut Plafond CA 2026 Charges Protection patrimoine Idéal pour
Micro-entreprise 83 600 € (services)
203 100 € (vente)
21,2 % à 25,6 % du CA selon activité Patrimoine pro/perso séparé depuis 2022 Lancement rapide, CA modéré
Entreprise individuelle (EI) Aucun ~45 % du bénéfice Patrimoine pro/perso séparé CA dépassant les plafonds micro
EURL Aucun ~45 % TNS Limitée aux apports Optimisation IS, associé unique
SASU Aucun ~80 % sur rémunération Limitée aux apports Régime salarié, dividendes
Portage salarial Aucun ~50 % du CA (frais société de portage inclus) Statut salarié Tester sans créer de structure, garder le chômage

Micro-entreprise : la porte d’entrée par défaut

La micro-entreprise reste le statut numéro 1 pour démarrer en freelance. Création gratuite et 100 % en ligne, comptabilité simplifiée (livre des recettes, c’est tout), déclarations URSSAF mensuelles ou trimestrielles. Les plafonds de chiffre d’affaires en 2026 sont de 83 600 € pour les prestations de services (BNC) et 203 100 € pour la vente de marchandises (BIC). Tu paies entre 21,2 % et 25,6 % de cotisations sociales sur ce que tu encaisses selon ton activité (21,2 % pour les BIC services, 23,2 % pour les BNC affiliés Cipav, 25,6 % pour les BNC hors Cipav), plus l’impôt sur le revenu avec abattement forfaitaire de 34 %, 50 % ou 71 % selon l’activité.

L’inconvénient : impossible de déduire tes frais réels (matériel, abonnements, déplacements). Si tu factures 60 000 € avec 15 000 € de dépenses pro, tu cotises sur 60 000 € comme si tu n’avais rien dépensé. Au-dessus de 50 000 € de CA avec des frais lourds, tu as souvent intérêt à passer à l’EI au réel ou en société.

Entreprise individuelle (EI) au réel

Pas de plafond, déduction des frais réels, possibilité d’opter pour l’impôt sur les sociétés (IS) depuis 2022. La gestion devient plus lourde : bilan annuel, expert-comptable quasi obligatoire, déclarations TVA si tu dépasses les seuils de franchise. Pour les freelances qui dépassent 70 000 € de CA, c’est souvent l’étape suivante. Le détail complet du statut EI et des démarches associées est traité dans un guide dédié.

EURL et SASU : passer en société

L’EURL et la SASU sont deux formes de société à associé unique. La différence principale concerne le régime social du dirigeant. En EURL, tu es travailleur non-salarié (TNS) avec environ 45 % de cotisations. En SASU, tu es assimilé salarié, avec 80 % de charges sur ta rémunération mais une vraie protection sociale (retraite, maladie alignée sur le régime général). La SASU permet aussi de te verser des dividendes, taxés à 30 % (flat tax). Au-delà de 80 000 € de CA et avec une stratégie patrimoniale, l’arbitrage EURL vs SASU se fait au cas par cas avec un expert-comptable.

Portage salarial : tester sans s’engager

Le portage salarial est une formule hybride. Une société de portage te salarie, facture tes clients, prélève ses frais (8 à 12 %) et te reverse ce qui reste sous forme de salaire. Tu cotises au régime général, tu gardes tes droits chômage et tu n’as aucune démarche administrative à faire. En contrepartie, tu perds environ 50 % du CA en frais et charges. Idéal pour démarrer sans créer de structure, tester un marché ou conserver une couverture sociale solide pendant la transition.

Faire les démarches d’immatriculation étape par étape

Depuis 2023, toutes les démarches de création passent par un point unique : le guichet unique de l’INPI sur procedures.inpi.fr. Fini les CFE multiples, le tribunal de commerce, la chambre de métiers. Le parcours dure 30 à 60 minutes si tes documents sont prêts.

Étape 1 — Préparer tes documents

  • Pièce d’identité en cours de validité (CNI ou passeport).
  • Justificatif de domicile de moins de 3 mois.
  • Déclaration de non-condamnation (modèle disponible sur le guichet).
  • RIB professionnel (obligatoire en société, recommandé en micro-entreprise).
  • Statuts signés (uniquement pour EURL et SASU).

Étape 2 — Choisir ton activité (code APE)

Tu sélectionnes ton activité principale dans la nomenclature INSEE. Le code APE détermine ta convention collective de référence, le taux de cotisations applicable et l’organisme de retraite. Pour les freelances en activité libérale (consultant, développeur, rédacteur, designer), tu relèves généralement du régime BNC et de la Cipav ou de la SSI selon le métier. Une erreur de code APE ne pose pas de blocage administratif mais peut compliquer tes déclarations futures.

Étape 3 — Déposer ton dossier en ligne

Tu remplis le formulaire en ligne sur le guichet unique. Le système transmet automatiquement aux organismes concernés : INSEE pour le SIRET, URSSAF pour l’affiliation sociale, services fiscaux pour la fiscalité, RNE pour l’inscription au Registre national des entreprises. Tu reçois un récépissé immédiat de dépôt.

Étape 4 — Réception du SIRET

Le SIRET (numéro à 14 chiffres identifiant ton établissement) arrive par courrier sous 8 à 15 jours ouvrés en moyenne. Tu peux commencer à facturer dès réception. Les premières déclarations URSSAF interviennent au mois ou trimestre suivant le début d’activité.

Attention. Ne commence jamais à facturer avant d’avoir reçu ton SIRET. Une facture sans numéro SIRET valide constitue du travail dissimulé, sanctionné par 45 000 € d’amende et 3 ans d’emprisonnement (article L. 8221-1 du Code du travail). Les délais étant courts, tu n’as aucune raison de prendre ce risque.

Activer les aides : ACRE, ARE, ARCE et autres dispositifs

Trois aides principales accompagnent les créateurs d’activité. Bien combinées, elles peuvent te faire économiser 5 000 à 15 000 € la première année selon ta situation et ton volume d’affaires.

ACRE : exonération partielle de cotisations sociales

L’ACRE (Aide à la création ou reprise d’entreprise) allège tes cotisations sociales pendant la première année d’activité. Pour toute création avant le 30 juin 2026, tu bénéficies d’une exonération de 50 % : en micro-entreprise BNC hors Cipav, tu passes de 25,6 % à environ 12,8 % sur ton CA. À partir du 1er juillet 2026, le taux d’exonération est ramené à 25 % (décret n°2026-69), soit environ 19,2 % de cotisations effectives. La demande se fait au moment de la création via le guichet unique, ou dans les 60 jours qui suivent pour les dossiers déposés à compter du 1er juillet 2026. Les conditions d’éligibilité couvrent une majorité des situations : demandeur d’emploi indemnisé ou non, jeune de moins de 26 ans, bénéficiaire du RSA, reprise après cessation d’activité, etc. La non-demande est l’erreur classique du débutant — vérifie ton éligibilité même si tu n’es pas sûr.

ARE : maintien des allocations chômage

Si tu es inscrit à France Travail (ex-Pôle emploi) et indemnisé, tu peux cumuler tes allocations (ARE) avec les revenus de ton activité freelance. Le calcul retient 70 % du chiffre d’affaires (en micro-entreprise) comme « salaire reconstitué » qui vient diminuer ton allocation mensuelle. En pratique : pendant les premiers mois où ton activité décolle lentement, tu touches encore 60 à 90 % de tes droits, ce qui sécurise ta trésorerie. Les droits non consommés sont reportés.

ARCE : verser tes droits chômage en capital

L’ARCE est l’alternative à l’ARE. France Travail te verse 60 % de tes droits restants en deux paiements (50 % à la création, 50 % six mois plus tard) — un capital qui finance directement le démarrage. Tu perds en échange tes droits mensuels au chômage. Calcul rapide : si tu as 18 000 € de droits ARE restants, l’ARCE te verse 10 800 € d’un coup. À privilégier si tu as besoin de cash pour investir (matériel, formation, communication) et si tu es confiant sur ton démarrage.

Autres dispositifs à connaître

  • NACRE : accompagnement gratuit + prêt à taux zéro pouvant atteindre 8 000 €, géré par les régions.
  • Prêt d’honneur via Initiative France ou Réseau Entreprendre : 5 000 à 50 000 € sans garantie ni intérêt, à rembourser sur 3 à 5 ans.
  • CPF : finance ta formation à la création d’entreprise ou à un nouveau métier (1 500 à 4 000 € disponibles selon ton historique).
  • Aides régionales : très variables selon ton lieu d’implantation, consulte le site de ta région.

Fixer son TJM sans brader ses prestations

Le TJM (Taux Journalier Moyen) est ton tarif de référence en B2B. Le sous-évaluer condamne ton activité : tu cours après le volume, tu acceptes des missions toxiques, tu finis épuisé pour un revenu net dérisoire. Le TJM moyen en France en 2026 est de 471 € selon l’observatoire Malt, mais cette moyenne cache des écarts massifs.

La méthode de calcul minimum

Pars de ton revenu net cible mensuel et remonte. Exemple pour viser 3 000 € net par mois en micro-entreprise :

  • Revenu net visé : 3 000 € par mois, soit 36 000 € par an.
  • Charges sociales 22 % + impôt (estimé 12 %) : tu dois facturer environ 54 000 € par an.
  • Jours facturables réalistes : 150 par an (en retirant congés, prospection, formation, jours non vendus).
  • TJM minimum : 54 000 / 150 = 360 €.

Ajoute une marge de 20 à 30 % pour les imprévus, les augmentations annuelles que tu ne te donnes jamais, et les périodes creuses : tu vises 450 à 500 € par jour. C’est ton plancher de négociation, pas ton tarif d’attaque.

TJM moyens observés par métier (Malt 2026)

Métier TJM débutant TJM expérimenté (5 ans+)
Développeur web 350 € 650 €
Consultant SEO 400 € 700 €
Rédacteur web 250 € 450 €
Graphiste / designer 300 € 550 €
Consultant data 500 € 900 €
Community manager 280 € 450 €

Trois erreurs de tarification à éviter

  1. Le TJM « concurrent moins 10 % ». Tu te positionnes sous le marché pour rassurer un client, qui te traite ensuite comme une variable d’ajustement. Tu attires les pires.
  2. Le forfait à l’arrache. Sans cadrage précis du périmètre, le projet déborde, tu finis sous-payé. Forfaite seulement quand tu connais ton temps réel sur le type de mission.
  3. Ne jamais augmenter. Un TJM stable pendant 3 ans, c’est une perte de pouvoir d’achat de 10 %. Ré-indexe chaque janvier, avec ou sans nouveau client.

Trouver ses premiers clients en freelance

La prospection est la compétence que personne n’enseigne et qui décide de tout. Un freelance excellent techniquement mais incapable de vendre sera toujours plus précaire qu’un freelance moyen avec un bon réseau.

Signature contrat client freelance avec stylo
Décrocher tes premiers contrats : la compétence qui sépare les freelances qui durent des autres.

Avant tout : ton réseau existant

70 % des premières missions arrivent par le réseau direct : anciens collègues, ex-managers, connaissances pro. Liste 50 contacts qui pourraient avoir besoin de tes compétences ou en parler à quelqu’un. Annonce ton lancement individuellement, par message direct ou téléphone, jamais par mailing groupé. Précise ce que tu fais, pour qui, et que tu cherches des missions concrètes — pas un « si tu connais quelqu’un ».

Plateformes freelance : Malt, Comet, Upwork

Les plateformes sont un bon canal d’amorçage. Malt domine en France pour les profils tech, marketing et créatifs, avec près de 600 000 freelances inscrits en 2026. Comet est plus haut de gamme, avec une sélection des profils. Upwork est international, plus dur sur le tarif. Crée un profil complet avec photo professionnelle, portfolio détaillé, recommandations clients dès que possible. Postule rapidement aux missions correspondant à ta cible (les premières heures sont décisives).

LinkedIn : ton outil principal en 2026

LinkedIn n’est plus un CV en ligne, c’est un canal de prospection actif. Trois leviers fonctionnent en 2026 : une bannière et un titre qui annoncent clairement ton positionnement, une publication régulière sur tes sujets d’expertise (1 à 3 posts par semaine), et de la prospection ciblée en messages directs sur des prospects qualifiés. Tu peux aussi t’inspirer des meilleures stratégies marketing pour 2026 pour structurer ton plan de visibilité.

Le portfolio : ton meilleur commercial

Un site portfolio convaincant convertit plus qu’un profil Malt isolé. Affiche 4 à 6 cas pratiques détaillés (problème client / approche / résultat chiffré), un formulaire de contact, une page tarifs claire (avec tes fourchettes, pas le détail). Pas besoin d’un site complexe : une page bien construite suffit largement. La construction de ton image de marque personnelle renforce ce levier sur le long terme.

Un freelance qui ne consacre pas 20 % de son temps à la prospection en année 1 finit par accepter des missions sous-payées par peur du vide. La prospection est ton premier produit, pas une corvée.

Cumuler salarié et freelance : ce qui est légal

Une part significative des freelances démarrent leur activité tout en restant salariés à temps plein. C’est une stratégie solide pour valider ton marché sans couper tes revenus, à condition de respecter trois règles juridiques.

Règle 1 — Vérifier ta clause d’exclusivité

Lis ton contrat de travail. Une clause d’exclusivité peut t’interdire toute autre activité professionnelle. Elle est valable uniquement si elle protège un intérêt légitime de ton employeur, est justifiée par la nature de tes fonctions, et est limitée dans le temps. Sans clause, tu peux exercer une activité indépendante en parallèle, sans même avoir à informer ton employeur (sauf disposition conventionnelle particulière).

Règle 2 — Respecter le devoir de loyauté

Même sans clause d’exclusivité, le devoir de loyauté s’impose. Tu ne peux pas exercer une activité de freelance qui concurrence directement ton employeur ni utiliser ses ressources (temps, matériel, fichier client). Une mission de freelance pour un concurrent direct ou un client commun, c’est une faute grave qui peut justifier un licenciement immédiat sans préavis ni indemnité.

Règle 3 — Respecter la durée légale du travail

Le total salarié + freelance ne doit pas dépasser 48 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines, ni 60 heures sur une semaine isolée. Au-delà, tu es en infraction au Code du travail, et c’est ton employeur principal qui en répond.

Astuce. Ouvre ta micro-entreprise pendant ton CDI, déclare 0 € les premiers mois si tu n’as pas encore facturé : tu actives ton SIRET, tu testes ton marché et tu réduis le délai entre démission et premiers revenus officiels. Tu peux aussi solliciter une rupture conventionnelle — qui te donne accès aux allocations chômage et te laisse 6 à 24 mois de coussin financier (voir section suivante).

Démissionner pour devenir freelance et garder ses droits

La démission classique ne donne pas droit aux allocations chômage. Trois exceptions permettent pourtant de garder tes droits France Travail tout en quittant ton emploi pour te lancer en freelance.

Démission-reconversion : le dispositif officiel

Depuis 2019, tu peux démissionner pour créer ou reprendre une entreprise et garder tes allocations chômage, à condition de remplir trois critères : 5 ans d’activité salariée continue avant la démission, un projet « réel et sérieux » validé par une commission régionale (Transitions Pro), et un Conseil en évolution professionnelle (CEP) réalisé en amont. Si ton dossier est accepté, tu démissionnes, tu t’inscris à France Travail, et tu touches l’ARE comme un licencié. Le projet doit être réalisé dans les 6 mois suivant la démission.

Rupture conventionnelle : la voie la plus pratique

La rupture conventionnelle reste la solution la plus simple et la plus négociable. Tu pars avec une indemnité (au minimum équivalente à l’indemnité légale de licenciement) et tes droits France Travail. Pour décrocher une rupture conventionnelle, présente ton projet de freelance à ton employeur comme une opportunité gagnant-gagnant : il évite un poste à pourvoir précipitamment, tu prépares ta transition. Le délai légal entre signature et effet est d’environ 5 semaines.

Démission légitime : les cas spécifiques

Certaines démissions sont reconnues comme légitimes par France Travail et donnent droit à l’ARE : suivre un conjoint qui change de région, mariage ou Pacs entraînant un changement de résidence, démission pour création d’entreprise après un licenciement précédent non indemnisé, etc. La liste des cas légitimes est limitative. Vérifie ta situation sur le site de France Travail avant de prendre ta décision.

Questions fréquentes

Quel est le statut le plus simple pour devenir freelance ?

La micro-entreprise reste le statut le plus simple. Création gratuite et 100 % en ligne en moins d’une heure, comptabilité réduite à un livre des recettes, déclarations URSSAF mensuelles ou trimestrielles. Tu paies entre 21,2 % et 25,6 % de cotisations sur ton chiffre d’affaires selon ton activité, sans avance, uniquement sur ce que tu encaisses. Le plafond 2026 est de 83 600 € pour les prestations de services. Tu peux basculer vers l’EI au réel ou en société quand tu dépasses ce plafond ou quand tes frais réels deviennent significatifs.

Combien gagne un freelance en moyenne en France ?

Le revenu net médian d’un freelance à temps plein en France s’établit autour de 38 000 € par an en 2026, soit environ 3 200 € par mois après cotisations et impôt. La dispersion est massive : un développeur senior dépasse souvent 80 000 € net, un rédacteur débutant peine à atteindre 18 000 €. Le facteur déterminant est la spécialisation et l’ancienneté, pas le statut juridique.

Peut-on toucher le chômage après une démission pour devenir freelance ?

Oui, dans trois cas : démission-reconversion validée par une commission Transitions Pro (5 ans d’ancienneté requis), rupture conventionnelle, ou démission légitime selon les cas listés par France Travail. Sans ces dispositifs, une démission classique ne donne aucun droit aux allocations chômage, même pour un projet de freelance abouti.

Comment fixer son TJM quand on débute en freelance ?

Pars de ton revenu net visé annuel, ajoute 50 à 60 % pour les charges et impôts, divise par 150 jours facturables réalistes : tu obtiens ton TJM minimum. Compare avec les TJM observés dans ton métier sur Malt ou Comet. Évite de te positionner sous la moyenne pour rassurer un client : tu attires les mauvais profils et tu ne pourras plus monter ton tarif facilement. Mieux vaut perdre une mission que casser ton tarif.

Combien de temps faut-il pour devenir freelance ?

Le délai entre la décision de te lancer et ta première facture émise est de 90 jours en moyenne pour un projet structuré. Sur ces 90 jours : 15 jours pour les démarches d’immatriculation (réception du SIRET incluse), 30 à 60 jours pour activer ton réseau et décrocher tes premiers contrats, le reste pour finaliser ton offre, ton portfolio et ta présence en ligne. Pour atteindre l’équivalent de ton ancien salaire net, compte 4 à 7 mois en médiane (Malt 2026).

Faut-il une formation pour devenir freelance ?

Aucune formation n’est obligatoire pour s’inscrire en micro-entreprise ou créer une société. En revanche, une formation à la gestion d’activité indépendante (commercial, administratif, fiscal) accélère fortement ton démarrage et réduit les erreurs coûteuses. Le CPF finance ce type de parcours à hauteur de 1 500 à 4 000 € selon ton historique. Les programmes « 5 jours pour entreprendre » des CCI sont une bonne base d’amorçage gratuite.

Ton plan d’action pour les 30 prochains jours

Te lancer en freelance n’est pas un saut dans le vide si tu structures les 30 premiers jours. Semaine 1 : valide ton positionnement et liste 50 prospects de ton réseau. Semaine 2 : choisis ton statut, dépose ton dossier au guichet unique, prépare ton offre et ta page portfolio. Semaine 3 : active l’ACRE, contacte France Travail pour l’ARE ou l’ARCE, lance les premiers messages de prospection. Semaine 4 : signe tes premiers devis, construis ton processus de facturation, commence à publier sur LinkedIn. À ce stade, tu auras les fondations pour atteindre ton TJM cible et ton équivalent salarié dans les 4 à 7 mois qui suivent. La seule variable que tu maîtrises totalement, c’est la régularité de ta prospection.

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