- Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la TVA est exigible dès l’encaissement de l’acompte, pour les biens ET les services.
- Tu dois émettre une facture d’acompte conforme (art. 289 du CGI) dès le premier versement.
- La TVA collectée sur l’acompte figure dans ta déclaration CA3 du mois de l’encaissement.
- Côté client, la TVA devient déductible dès le versement de l’acompte, sans attendre la livraison.
- Les auto-entrepreneurs en franchise de TVA ne sont pas concernés par ces règles.
Tu encaisses 3 000 € en avril pour une mission qui démarre en juin. La TVA, tu la déclares quand ? À la livraison finale ? Lors de la facture de solde ? Mauvaise réponse. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, une réforme fiscale majeure a tout changé : la TVA sur acompte est exigible au moment de l’encaissement, quelle que soit la nature de la transaction. Cette règle concerne toutes les entreprises assujetties à la TVA : TPE, PME, consultants, artisans au régime réel. Comprendre ce mécanisme, c’est éviter une régularisation douloureuse lors d’un contrôle fiscal.
- Comprendre la TVA sur acompte et la réforme de 2023
- Distinguer l’acompte des arrhes et de l’avance
- Établir une facture d’acompte conforme
- Comptabiliser la TVA sur acompte côté fournisseur
- Enregistrer l’acompte côté client
- Déclarer la TVA sur acompte dans ta CA3
- Questions fréquentes sur la TVA sur acompte
- Sécuriser ta facturation sans pièges
Comprendre la TVA sur acompte et la réforme de 2023

Avant 2023, la fiscalité française distinguait deux régimes. Pour les prestations de services, la TVA était déjà exigible dès l’encaissement de l’acompte. Pour les livraisons de biens, la TVA n’était due qu’à la livraison de biens effective. Résultat : un artisan qui recevait 30 % d’acompte sur une commande de matériel n’était pas tenu de collecter de TVA à ce stade.
En 2021, la Cour administrative d’appel de Nantes a jugé que cette distinction violait l’article 65 de la directive TVA européenne. Ce texte impose une exigibilité dès le paiement d’un acompte, sans distinction entre biens et services. L’article 30 de la loi de finances pour 2022 a tranché. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la TVA est exigible immédiatement sur tout acompte encaissé. Biens et services confondus, sans distinction.
En pratique, ça change quoi ? Si ton client verse 2 000 € HT d’acompte sur une mission à 10 000 € HT (TVA 20 %), tu dois facturer 2 400 € TTC dès réception du virement. Ces 400 € de TVA collectée doivent figurer dans ta déclaration CA3 du mois d’encaissement. Pas le mois suivant. Pas à la livraison. Ce mois-là.
La réforme a aussi un avantage côté acheteur. Un client qui verse un acompte sur l’achat d’une machine ou d’un équipement peut désormais déduire la TVA immédiatement, sans attendre la livraison physique du bien. Avant 2023, cette déduction immédiate était réservée aux prestations de services.
Distinguer l’acompte des arrhes et de l’avance
Trois termes reviennent souvent dans les contrats commerciaux, mais leurs conséquences juridiques et fiscales diffèrent. Confondre acompte et arrhes peut coûter cher si un client se rétracte ou si l’administration fiscale contrôle tes déclarations.
| Type de versement | Engagement des parties | Rétractation client | TVA exigible ? |
|---|---|---|---|
| Acompte | Engage les deux parties de façon ferme | Non remboursable, dommages-intérêts possibles | Oui, immédiatement |
| Arrhes | Laisse une option de rétractation aux deux parties | Perd ses arrhes ; si le pro se rétracte, il rembourse le double | Oui, immédiatement |
| Avance | Assimilée aux arrhes sauf clause contractuelle contraire | Même traitement que les arrhes par défaut | Oui, immédiatement |
Cas typique : un graphiste facture 40 % d’acompte pour une identité visuelle à 5 000 € HT. Son client verse 2 000 € HT, soit 2 400 € TTC (TVA 20 %). Le graphiste doit déclarer 400 € de TVA collectée ce mois-là, qu’il livre la mission en septembre ou en janvier. Le montant versé engage les deux parties : si le client annule, il perd son paiement anticipé.
La qualification (acompte ou arrhes) dépend des termes écrits dans le contrat ou le devis. Si le document ne précise rien, l’administration fiscale considère généralement qu’il s’agit d’un acompte. Bonne pratique : toujours mentionner « acompte » dans tes devis et contrats pour éviter toute ambiguïté.
Établir une facture d’acompte conforme
Tout encaissement d’acompte oblige à émettre une facture d’acompte. L’article 289 du Code général des impôts l’exige dès lors qu’un paiement est reçu avant la livraison ou l’exécution du service. Omettre cette facture expose à une amende fiscale pouvant atteindre 15 € par mention manquante, avec un minimum de 75 € par facture.
Les mentions obligatoires d’une facture d’acompte reprennent celles d’une facture classique, avec quelques précisions spécifiques :
- Numéro de facture dans la séquence chronologique habituelle (ex. : FA-2026-047)
- Date d’émission de la facture
- Coordonnées complètes de l’émetteur et du client (SIREN, adresse, raison sociale)
- Numéro de TVA intracommunautaire si tu es assujetti (comment l’obtenir gratuitement sur impôts.gouv.fr)
- Nature de la facture : « Facture d’acompte sur commande n° XXX »
- Montant HT de l’acompte, taux de TVA applicable, montant de TVA, montant TTC
- Référence au devis ou au bon de commande associé
La numérotation suit la même séquence chronologique que tes autres factures. Une facture d’acompte n’est pas un document provisoire : elle a une valeur comptable et fiscale pleine et entière. Pour les auto-entrepreneurs en franchise de TVA, la facture d’acompte ne comporte pas de TVA, avec la mention obligatoire « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».
La facture de solde (facture définitive), émise à la livraison ou à l’exécution, déduit explicitement le ou les acomptes déjà facturés. Elle porte uniquement la TVA sur le montant restant, sans double imposition. Si tu veux voir comment cela se traduit sur une facture de prestation de service complète, les structures se recoupent largement.
Comptabiliser la TVA sur acompte côté fournisseur
Tu es le fournisseur (ou le prestataire). Tu as reçu un acompte de ton client. La comptabilisation se déroule en deux temps. Chaque écriture comptable suit le plan comptable général (PCG).
Hypothèse de travail : mission à 10 000 € HT (TVA 20 %), acompte de 30 % à la commande = 3 000 € HT = 3 600 € TTC.
À l’encaissement de l’acompte
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 512 | Banque | 3 600 € | |
| 4191 | Clients : avances et acomptes reçus sur commandes | 3 000 € | |
| 44571 | TVA collectée | 600 € |
À l’émission de la facture de solde
La facture définitive porte sur les 7 000 € HT restants (10 000 € HT – 3 000 € HT d’acompte). La TVA sur l’acompte (600 €) a déjà été collectée et déclarée. La facture de solde ne génère que 1 400 € de TVA supplémentaire.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 4191 | Clients : avances et acomptes (solde du compte) | 3 000 € | |
| 411 | Clients (solde restant dû : 8 400 € TTC) | 8 400 € | |
| 706 | Prestations de services (produit total HT) | 10 000 € | |
| 44571 | TVA collectée (sur solde 7 000 € HT) | 1 400 € |
Le compte 4191 est le compte-transit des acomptes reçus clients. Il sert d’intermédiaire entre l’encaissement et la comptabilisation du produit définitif. Ce compte se solde automatiquement lors de l’émission de la facture finale : le produit (compte 706) est reconnu en totalité à la livraison, mais la TVA a déjà été collectée en partie.
Enregistrer l’acompte côté client
Tu es acheteur et tu verses un acompte à ton fournisseur. La logique est symétrique, mais avec les comptes inverses. Même hypothèse : 3 000 € HT + 600 € TVA = 3 600 € TTC versés en acompte.
Au versement de l’acompte
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 4091 | Fournisseurs : avances et acomptes versés sur commandes | 3 000 € | |
| 44566 | TVA déductible sur autres biens et services | 600 € | |
| 512 | Banque | 3 600 € |
À la réception de la facture définitive
À la livraison ou à l’exécution de la prestation, le compte 4091 est soldé. La charge totale est comptabilisée en compte de charges (601 pour des achats de marchandises, 604 pour des études et prestations de services).
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 604 | Achats d’études et prestations de services | 10 000 € | |
| 44566 | TVA déductible (solde sur 7 000 € HT) | 1 400 € | |
| 4091 | Fournisseurs : avances et acomptes (solde) | 3 000 € | |
| 401 | Fournisseurs (solde restant dû : 8 400 € TTC) | 8 400 € |
Ce schéma comptable s’applique aux entreprises au régime réel. Si tu veux vérifier comment ces opérations s’intègrent dans ton bilan comptable annuel, les comptes 4091 et 4191 y apparaissent au passif et à l’actif selon leur solde en fin d’exercice.

Déclarer la TVA sur acompte dans ta CA3
La TVA collectée sur un acompte doit figurer sur la déclaration de la période où l’encaissement a eu lieu. Pour le régime réel normal, c’est la déclaration CA3 mensuelle. Pour le régime réel simplifié, cette TVA collectée s’intègre dans les deux acomptes semestriels (juillet et décembre), puis se régularise dans la déclaration CA12 annuelle.
Stratégie classique en 2026 : si tu encaisses un acompte important en fin de mois, vérifie que ta trésorerie supporte le reversement de TVA dès la déclaration suivante. Un acompte de 15 000 € TTC (TVA à 20 %) génère 2 500 € à reverser à l’État dans les 15 à 20 jours qui suivent. Beaucoup de consultants oublient d’en tenir compte dans leur plan de trésorerie. Résultat : un découvert bancaire au moment de la déclaration.
« La TVA ne t’appartient pas. Tu la collectes pour le compte de l’État. L’acompte reçu, c’est déjà une dette fiscale. »
Principe BOFIP, BOI-TVA-BASE-20-10, exigibilité de la TVA sur encaissements
Pour les transactions intracommunautaires, le traitement change. Si ton client dispose d’un numéro de TVA intracommunautaire valide dans un autre pays de l’UE, le régime d’autoliquidation s’applique. Le client liquide la TVA dans son propre pays. Pas de TVA française à collecter sur l’acompte.
À noter : la réforme de la facturation électronique obligatoire (CIBS) s’appliquera aussi aux factures d’acompte. Toutes les structures assujetties devront émettre leurs factures d’acompte via le portail public ou un opérateur de dématérialisation partenaire, à partir de septembre 2026 pour les PME.
Questions fréquentes sur la TVA sur acompte
Est-ce qu’il y a de la TVA sur acompte ?
Oui. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la TVA est exigible dès l’encaissement de l’acompte, que la transaction porte sur des biens ou des services. Cette règle vaut pour toutes les entreprises assujetties à la TVA. Les auto-entrepreneurs sous les seuils de franchise de TVA ne collectent pas de TVA et ne sont pas concernés. Seuils 2026 : 36 800 € pour les services, 91 900 € pour le commerce.
Comment calculer la TVA sur une facture d’acompte ?
Le calcul est identique à une facture classique. Tu appliques le taux de TVA correspondant à ta prestation sur le montant HT de l’acompte. Trois taux principaux : 20 % en règle générale, 10 % pour la restauration et les travaux d’entretien, 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique éligibles. Exemple : acompte de 1 500 € HT au taux de 20 % = 1 800 € TTC, dont 300 € de TVA collectée à reverser lors de ta prochaine déclaration CA3.
Que se passe-t-il si j’oublie de facturer la TVA sur un acompte ?
C’est un risque fiscal concret. En cas de contrôle, l’administration peut réclamer la TVA non déclarée, majorée d’une pénalité de 5 % du montant plus des intérêts de retard à 0,2 %/mois. Si l’omission est répétée et jugée délibérée, une majoration de 40 % peut s’ajouter. La bonne pratique : un logiciel de facturation conforme qui génère automatiquement la TVA correcte sur chaque acompte et l’impute dans la bonne période de déclaration.
La TVA sur acompte s’applique-t-elle aux auto-entrepreneurs ?
Cela dépend du régime. Les auto-entrepreneurs en franchise de TVA ne facturent pas de TVA : ni sur les acomptes, ni sur les factures finales. Ceux qui ont dépassé les seuils (36 800 € pour les services en 2026) ou qui ont opté pour le régime réel de TVA doivent appliquer les règles standard. Cela inclut la TVA exigible sur acompte depuis 2023. Vérifie ton régime chaque année : un dépassement de seuil sur l’année N t’impose la TVA dès janvier N+1.
Sécuriser ta facturation sans pièges
La TVA sur acompte est simple dans son principe, mais redoutable si ta facturation est manuelle. Chaque acompte encaissé génère une obligation déclarative dans les semaines qui suivent. Deux ou trois acomptes reçus en fin de mois, et tu peux te retrouver à reverser une somme que tu as déjà dépensée.
Ce que tu peux mettre en place dès maintenant :
- Provisionner la TVA dès l’encaissement : dès qu’un acompte rentre, transfère le montant de TVA sur un compte épargne dédié. Ce montant appartient au Trésor, pas à ta trésorerie.
- Utiliser un logiciel de facturation conforme : les bons outils génèrent la facture d’acompte avec TVA, l’imputent dans la bonne période de déclaration et calculent automatiquement la facture de solde.
- Vérifier ta CA3 chaque mois : recroiser les acomptes encaissés avec la TVA déclarée. Ce contrôle prend 10 minutes et évite des pénalités disproportionnées.
- Mentionner explicitement « acompte » dans tous tes devis et contrats, pour qualifier le versement et sécuriser ton traitement fiscal en cas de litige client.
Si tu travailles avec un expert-comptable, le suivi des acomptes et de la TVA associée doit figurer dans votre revue mensuelle. C’est l’un des points les plus souvent négligés dans le suivi de facturation des freelances et TPE. La réforme de 2023 a simplifié les règles. Une seule règle vaut désormais pour tous. Elle a aussi rendu les enjeux de trésorerie plus immédiats.
Maîtriser ce mécanisme, c’est garder le contrôle de ta trésorerie au lieu de subir des régularisations tardives qui piquent.