Tu as pris la décision de fermer ta société. Peut-être parce que l’activité ne décolle plus, parce que tes associés ne s’entendent plus, ou parce que tu veux changer de structure juridique. Dans tous les cas, la dissolution d’entreprise suit une procédure précise, avec des étapes dans un ordre strict, des formalités obligatoires et des coûts souvent sous-estimés.
Mauvaise nouvelle : si tu imagines tout clôturer en deux clics, ce n’est pas ainsi que ça marche pour une SARL, une SAS ou une EURL. Bonne nouvelle : avec la bonne méthode, tu peux boucler une dissolution amiable en quelques semaines pour moins de 400 € de frais officiels.
L’essentiel.
- La dissolution : décision officielle de mettre fin à l’activité sociale. Ce n’est ni la liquidation, ni la radiation.
- Pour une SARL ou SAS : vote en AGE → annonce légale → dépôt au guichet unique INPI.
- Coût total estimé 2026 : 370 à 400 € pour une dissolution amiable sans cabinet juridique.
- Depuis janvier 2023, le CFE est supprimé. Toutes les formalités passent par le guichet unique.
- La société garde sa personnalité morale jusqu’à la clôture de la liquidation.
- Comprendre la dissolution d’entreprise
- Identifier les causes légales de dissolution
- Suivre les étapes de la dissolution amiable
- Calculer le coût d’une dissolution en 2026
- Gérer la liquidation amiable
- Connaître les conséquences fiscales et sociales
- Éviter les erreurs classiques
- Dissoudre sereinement : avec ou sans expert ?

Comprendre la dissolution d’entreprise
La dissolution d’une société marque la décision officielle de mettre fin à son existence juridique. Ce n’est pas la fin immédiate : la société continue d’exister pour les besoins de sa liquidation. Ce point change tout pour la gestion des déclarations fiscales et des contrats en cours.
En droit français, la dissolution d’entreprise est encadrée par l’article 1844-7 du Code civil et les articles L.237-1 et suivants du Code de commerce. Ces textes définissent les causes légales de dissolution et la procédure selon le type de société (SARL, SAS, EURL, SA, SCI).
Dissolution, liquidation, radiation : 3 étapes à ne pas confondre
Ces 3 notions sont souvent mélangées, même par des entrepreneurs aguerris. La distinction est pourtant claire :
- La dissolution : décision de mettre fin à la société. C’est le point de départ de tout le processus.
- La liquidation : phase opérationnelle où le liquidateur vend les actifs, règle les dettes et distribue le solde aux associés.
- La radiation : suppression officielle de la société au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS). C’est la fin définitive de la personnalité morale.
À retenir : pas de liquidation sans dissolution préalable. Pas de radiation sans clôture de liquidation. L’ordre est impératif. Impossible de sauter une étape.
Dissolution volontaire ou judiciaire : quelle différence ?
La dissolution volontaire (ou amiable) est décidée par les associés eux-mêmes, généralement en assemblée générale extraordinaire. C’est le cas le plus courant : les associés s’accordent pour mettre fin à l’activité et choisissent ensemble un liquidateur amiable.
La dissolution judiciaire est prononcée par un tribunal. Elle survient en cas de mésentente grave entre associés paralysant la société. Un juge peut aussi la prononcer en cas de violation des statuts, de liquidation judiciaire forcée ou de condamnation pénale. C’est la dissolution subie, à éviter à tout prix.
Identifier les causes légales de dissolution
L’article 1844-7 du Code civil liste les causes légales de dissolution d’une société en France. On les regroupe en 3 catégories pratiques.
Dissolution automatique (de plein droit) : la durée fixée dans les statuts arrive à son terme (généralement 99 ans). L’objet social est réalisé ou devient impossible. Aucun vote n’est nécessaire dans ces situations.
Dissolution volontaire : décision des associés à la majorité requise par les statuts. Pour une SARL, c’est en général les 2/3 des parts sociales. Pour une SAS, les statuts fixent librement la règle. C’est la situation la plus fréquente pour les petites structures.
Dissolution judiciaire : prononcée par le tribunal à la demande d’un associé (pour juste motif), d’un créancier ou du ministère public. Elle peut aussi résulter d’une procédure collective.
Bon à savoir. Si tous les titres se retrouvent entre les mains d’un seul associé, cela ne provoque pas automatiquement la dissolution d’entreprise, contrairement à une idée répandue. Le Code de commerce laisse un délai d’un an pour régulariser (entrée d’un nouvel associé, rachat de parts) avant qu’un tribunal puisse prononcer la dissolution.
Suivre les étapes de la dissolution amiable
La dissolution volontaire d’une société commerciale suit un processus en 3 grandes étapes. Depuis le 1er janvier 2023, le Centre de Formalités des Entreprises (CFE) n’existe plus : toutes les formalités de dissolution passent par le Guichet unique INPI sur guichet-entreprises.fr. Un point que beaucoup de guides publiés avant 2023 ne mentionnent pas encore.
Étape 1 : décider la dissolution en assemblée générale
La décision de dissoudre la société est prise en assemblée générale extraordinaire (AGE). Pour une SARL, la convocation respecte un délai de 15 jours minimum et le quorum prévu dans les statuts. La décision est constatée dans un procès-verbal signé par les associés présents ou représentés.
Cas typique : deux associés d’une SARL de conseil décident d’arrêter. Ils convoquent une AGE, votent la dissolution à l’unanimité et nomment l’un d’eux liquidateur amiable. Le PV est signé, daté, archivé. C’est la base du dossier.
Étape 2 : nommer le liquidateur amiable
Le liquidateur est la personne chargée de conduire toute la phase de liquidation : vente des actifs, règlement des créanciers, distribution du solde aux associés. Dans une dissolution amiable de petite structure, c’est souvent le gérant ou le président qui est nommé liquidateur.
La nomination du liquidateur doit apparaître dans le procès-verbal de dissolution et dans l’annonce légale. Son identité complète (nom, prénom, adresse) est obligatoire dans le dossier de formalités déposé au Guichet unique.
Étape 3 : formalités de publicité et dépôt au Guichet unique
Une fois le PV signé, tu as des obligations de publicité dans un délai d’un mois :
- Publication d’une annonce légale dans un journal d’annonces légales habilité (JAL) du département du siège social (coût : entre 150 € et 210 € selon le département).
- Dépôt du dossier de dissolution sur le Guichet unique INPI : procès-verbal certifié, attestation de parution de l’annonce légale, pièces d’identité du liquidateur.
- Le greffe du tribunal de commerce traite le dossier et procède à l’inscription modificative au RCS. La société apparaît désormais « en liquidation » dans les registres officiels.
Erreur fréquente : tenter de déposer le dossier directement au greffe du tribunal. Depuis 2023, les greffes ne reçoivent plus les dossiers en direct pour les cessations d’activité. Le seul point d’entrée légal est le Guichet unique INPI.
Calculer le coût d’une dissolution en 2026
Une dissolution amiable revient entre 370 € et 400 € en frais officiels. Voici le détail pour 2026 :
| Poste de frais | Montant 2026 |
|---|---|
| Enregistrement de l’acte de dissolution | 0 € (exonéré depuis 2015) |
| Annonce légale de dissolution (JAL) | ~150 à 210 € |
| Frais de greffe (inscription modificative) | ~192 € |
| Total dissolution seule | ~370 à 400 € |
| Annonce légale de clôture de liquidation | ~150 à 200 € |
| Frais de greffe (radiation) | ~13,93 € |
| Coût total (dissolution + liquidation + radiation) | ~535 à 615 € |
Si tu passes par une plateforme juridique en ligne (LegalPlace, Legalstart…), compte entre 150 € et 400 € de frais supplémentaires pour la gestion administrative du dossier. La démarche en direct via le Guichet unique INPI est faisable seul si tu comprends les documents à fournir.
« La dissolution amiable est l’une des procédures les plus accessibles pour fermer proprement une société. L’erreur classique : confondre le coût de la dissolution (formalités) avec le coût de la liquidation, qui dépend de la situation financière réelle de ta structure. »
Thomas Lambert, consultant business
Gérer la liquidation amiable
Une fois la société dissoute, elle entre en phase de liquidation amiable. Elle conserve sa personnalité morale, uniquement pour les besoins de la liquidation. Son nom doit désormais être suivi de la mention « en liquidation ». Le liquidateur prend les commandes.
Les missions du liquidateur amiable
Le liquidateur a 4 missions principales à conduire jusqu’à la clôture de la liquidation :
- Établir l’inventaire des actifs et des passifs : ce que la société possède et ce qu’elle doit.
- Réaliser les actifs : vendre le matériel, les stocks, encaisser les créances clients.
- Régler les dettes envers les fournisseurs, l’URSSAF, l’administration fiscale, les salariés s’il y en a.
- Distribuer le solde restant aux associés, au prorata de leurs parts sociales.
La durée de la liquidation n’est pas limitée légalement pour une dissolution amiable. Mais une prolongation au-delà de 3 ans nécessite une décision des associés. En pratique, une petite société sans actifs lourds ni contentieux boucle sa liquidation en 3 à 6 mois.
Boni ou mali de liquidation : ce qui reste après
Une fois toutes les dettes réglées, deux situations sont possibles.
S’il reste de l’argent : c’est le boni de liquidation. Ce solde positif est distribué aux associés au prorata de leurs droits. Le boni est soumis au droit de partage de 2,5 % calculé sur sa valeur nette. Il est aussi soumis à l’imposition personnelle des associés (flat tax 30 % ou barème IR selon l’option).
S’il manque des fonds : c’est le mali de liquidation. Dans une SARL ou SAS à responsabilité limitée, les associés ne remboursent les dettes qu’à hauteur de leurs apports, sauf faute de gestion prouvée par le tribunal.

Connaître les conséquences fiscales et sociales
Dissoudre une société déclenche plusieurs obligations fiscales et sociales, souvent sous-estimées par les dirigeants qui font cette démarche pour la première fois.
Impôt sur les sociétés (IS) : la dissolution entraîne la clôture immédiate de l’exercice fiscal. Tu dois déposer une déclaration de résultats (formulaire 2065) dans les 60 jours suivant la dissolution. Les plus-values latentes sur les actifs sont imposées à cette date.
TVA : si ta société est assujettie à la TVA, une déclaration doit être déposée dans les 30 jours suivant la décision de dissoudre la société. Le remboursement d’un éventuel crédit de TVA peut prendre plusieurs mois.
Cotisations sociales : si tu es gérant majoritaire de SARL ou assimilé travailleur non salarié (TNS), ta radiation auprès de l’URSSAF intervient à la clôture de la liquidation. Des cotisations définitives sont recalculées sur les revenus de l’année de dissolution ; prévois une réserve de trésorerie pour cet ajustement.
Salariés : si ta société a des salariés, la dissolution entraîne la rupture des contrats de travail pour motif économique. Les indemnités légales de licenciement sont dues. Si tu as un CSE, il doit être informé et consulté avant toute décision.
Éviter les erreurs classiques lors d’une dissolution
Quatre erreurs reviennent systématiquement quand on ferme une société.
Erreur 1 : confondre dissolution de société et cessation d’activité d’une EI. Si tu es en micro-entreprise ou en entreprise individuelle, tu ne « dissous » pas : tu radies ton activité via une procédure différente. Pour fermer ton auto-entreprise, le parcours est bien distinct. Pour une entreprise individuelle au régime réel, c’est encore une autre démarche.
Erreur 2 : publier l’annonce légale avant la signature du PV. L’annonce légale doit mentionner la date exacte de la décision de dissolution. Publiée avant l’AGE, elle est nulle, et le dossier au Guichet unique sera refusé.
Erreur 3 : oublier la déclaration de cessation au Service des Impôts. La dissolution déclenche une déclaration de cessation d’activité au Service des Impôts des Entreprises (SIE) dans les 30 jours. Si tu l’oublies, tu continues à recevoir des appels à cotisation CFE pour une société qui n’existe plus officiellement.
Erreur 4 : distribuer le boni de liquidation avant de régler toutes les dettes. Le liquidateur engage sa responsabilité personnelle si des créanciers n’ont pas été désintéressés avant la distribution aux associés. Cette faute peut lever le voile de la responsabilité limitée.
Dissoudre sereinement : avec ou sans expert ?
Pour une petite société sans actifs lourds ni contentieux, la dissolution d’entreprise en autonomie est faisable. Le Guichet unique INPI est aujourd’hui fonctionnel, les modèles de PV sont disponibles gratuitement, et une annonce légale se rédige en vingt minutes sur n’importe quel JAL en ligne.
En revanche, une société avec des dettes fiscales importantes, des salariés ou des litiges en cours mérite un regard professionnel. Faire appel à un expert-comptable ou à un avocat d’affaires est un investissement rentable. Une liquidation mal conduite peut coûter bien plus que des honoraires professionnels.
Si tu envisages de créer une nouvelle structure après la fermeture, explore les aides financières à la création d’entreprise. Certains dispositifs restent accessibles même après une dissolution amiable.
Questions fréquentes sur la dissolution d’entreprise
Quelle est la différence entre dissolution et liquidation ?
La dissolution est la décision de mettre fin à la société : c’est le point de départ. La liquidation est la phase opérationnelle qui suit : le liquidateur vend les actifs, règle les dettes et distribue le solde aux associés. Aucune liquidation ne peut avoir lieu sans dissolution préalable. La séquence complète : dissolution → liquidation → radiation.
Quelles sont les conséquences d’une dissolution d’entreprise ?
La dissolution d’entreprise entraîne : clôture immédiate de l’exercice fiscal, déclarations spéciales (IS, TVA), fin des mandats du gérant ou président, transfert des pouvoirs au liquidateur. La société conserve sa personnalité morale jusqu’à la clôture de la liquidation (elle peut encore signer des actes et recouvrer des créances durant cette période).
Quels sont les frais d’une dissolution de société ?
Pour une dissolution amiable en 2026, les frais officiels s’élèvent à 370-400 € : annonce légale (150-210 €) et frais de greffe (~192 €). L’enregistrement de l’acte de dissolution est gratuit depuis 2015. Via une plateforme juridique, ajoute 150 à 400 € de frais de gestion.
Quels sont les effets de la dissolution sur les associés ?
Les associés perdent leurs droits de gestion, qui passent au liquidateur. Ils conservent leurs droits financiers sur le solde de liquidation. En cas de boni de liquidation, celui-ci est soumis au droit de partage (2,5 %) et à l’imposition personnelle. En cas de mali, les associés ne supportent les pertes qu’à hauteur de leurs apports initiaux (responsabilité limitée SARL/SAS).